Le focus du mois : Lorenzo Naccarato Trio

Afin de mieux vous faire connaître les groupes que nous accompagnons, nous vous proposons tous les mois un focus sur un artiste. Pour ce mois de juin, nous vous proposons l’interview de Lorenzo Naccarato Trio. Composé de Lorenzo Naccarato au piano, Benjamin Naud à la batterie et Adrien Rodriguez à la basse, le trio de jazz, représenté par Lorenzo et Benjamin ce jour-là, se prête au jeu de l’interview.

Quel a été votre parcours musical?

Lorenzo : J’ai commencé par des cours particuliers de piano classique, de 7 à 18 ans. J’avais quinze ans quand le film Buena Vista Social Club est sorti, et ça a été un tournant dans mon rapport à la musique. J’ai commencé à me passionner pour ce répertoire, par le prisme des pianistes cubains Ruben Gonzales, Bebo Valdes ou encore Roberto Fonseca.

Par la suite, je suis arrivé à Toulouse pour intégrer une prépa en lettres. Mais j’ai rapidement réalisé que ce parcours était peu compatible avec une pratique soutenue du piano. J’ai donc pris la décision d’entrer en Musicologie spécialisation Jazz, à l’Université Jean-Jaurès (Mirail).

J’ai étudié cinq ans, jusqu’au Master 2, et ai mené un travail de recherche autour du silence dans la musique de Thelonious Monk. Dans le cadre de ma formation universitaire, j’ai eu l’opportunité de suivre plusieurs Master Class à Marciac, et j’ai également participé à une résidence encadrée par le contrebassiste Claude Tchamitchian. Cette expérience a été déterminante dans mon développement musical, en tant que pianiste et que compositeur.

Ludovic Florin, Professeur et Directeur de recherche de l’université, a beaucoup compté dans mon parcours.

En parallèle à mes études je suis intermittent pianiste depuis mes 19 ans.

Benjamin : J’ai commencé la batterie à 10 ans. Après mon BAC, J’ai fais un cursus jusqu’en Master en Musicologie à l’université de Poitiers. Je suis parti en Espagne pendant un an. Là-bas, j’ai joué avec plusieurs formations, j’ai fait la découverte de plusieurs styles musicaux (flamenco, musique latino-américaine). Je suis ensuite arrivé sur Toulouse avec la volonté de me professionnaliser dans la musique.

J’ai alors intégré en amateur l’école Music’Halle avec comme professeur Jean-Denis Rivaleau et Carsten Weinmann. J’ai aussi fait des ateliers Jazz avec Laurent Marc et Richard Calléja. Parallèlement, Je suis entré au conservatoire de Toulouse en cycle jazz pendant 2 ans. J’y ai fait un rencontre marquante, Christian « Tonton » Salut  avec qui j’ai suivi des cours à l’école Agostini pendant 3 ans.

Je commence à devenir musicien professionnel lorsque je rencontre les Mannish Boys, un groupe de blues. J’enregistre avec eux mon premier disque en 2010 et fait plus de 150 concerts avec eux en France et en Europe.

En parallèle de toutes ces activités je monte le groupe Swing machine avec lequel on sort un disque enregistré au studio Condorcet en 2012. On participe cette même année à plusieurs festivals de jazz dont Jazz sur son 31, Jazz en Comminges, Terre de Jazz, Jazz à Collioure, etc…).

En 2012, j’ai aussi participé à l’enregistrement du dernier disque de l’artiste brésilien Carlos Papel, puis une tournée en Espagne avec en suivant.

De 2012 à 2014, je me suis plus concentré sur le travail du Lorenzo Naccarato trio et d’autres nouveaux projets comme le quartet Vavang, bientôt en écoute sur le web.

J’ai eu aussi l’occasion de travailler avec Lorenzo dans le projet « les inoubliables du Cinema italiens » , avec qui on s’est produit au TNT en Février dernier.

Pour la suite, je serais une tournée pour le début de l’automne avec Alberto Mvundi, artiste Angolais qui se produit de puis une vingtaine d’années en Espagne.

Lorenzo : « Les inoubliables » est un événement qui fait parti de mon histoire en tant que franco-italien. Reprendre et s’approprier la musique de Nino Rota, Morricone était quelque chose de très important. C’est Rocco Femia producteur et surtout rédacteur de la revue Radici qui nous a vu en trio et nous voulait pour ce projet. Adrien n’a pas pu en faire parti à cause du calendrier. Du coup on a fait le projet tous les deux avec Benjamin.

Adrien : Initialement bassiste, il découvre à 18 ans la contrebasse classique au Conservatoire de Toulouse, où il est diplômé en troisième cycle. Il décide alors de se spécialiser dans l’étude du jazz et obtient en 2012 la licence de musicologie jazz à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès (Mirail).
Depuis le début, il évolue en parallèle dans le milieu des musiques actuelles au sein du groupe « Pauvres Martins » et « Gabriel Saglio et Les Vieilles Pies »

C’est à l’Université que se fait la rencontre avec Lorenzo, au cours d’un master classe de Claude Tchamitchian.

L’alchimie musicale et humaine se créant, c’est naturellement qu’il intègre le trio.

Aujourd’hui il partage avec Benjamin le rôle d’arrangeur officieux. Les deux acolytes « mettent les mains dans le moteur » afin de magnifier les compositions sans cesse renouvelées de Lorenzo.

A la fois pilier et élément perturbateur de la musique, Adrien  a trouvé dans ce trio une façon de s’accomplir pleinement en tant que musicien.

Et pour le trio, quel parcours ?

Lorenzo : Au début, je faisais 3-4 concerts par semaine en restaurant. Je n’avais pas l’idée de devenir compositeur, de porter un trio à mon nom. Je n’avais pas rencontré les personnes avec lesquelles me lancer dans un tel projet.

J’ai connu Adrien à l’université, en cours de musicologie jazz à l’Université Jean-Jaurès (Mirail) au cours de la Master Class avec Claude Tchamitchian. Adrien est un musicien qui n’a pas du tout un son conventionnel, identifiable à un son de contrebassiste jazz. Il se démarque pas mal dans sa musique, sa recherche par rapport au son.

Et puis c’est rare de trouver contrebassiste qui utilise l’archet en jazz, mais du coup, c’était assez compatible avec les idées musicales que j’avais envie de développer. Je me sentais en confiance avec lui.

Ensuite j’ai fait la rencontre de Benjamin. J’apprécie son jeu. Sans qu’on discute, il sait jouer avec l’espace, il sait comment se placer avec ce que je joue ou ce que je ne joue pas.

Benjamin : On a répété trois fois avec Adrien et Lorenzo avant d’enregistrer la maquette.

Elle nous a permis d’être sélectionnés à Jazz à Vannes et Jazz à St Germain auquel nous avons été lauréats pour l’édition 2013.

Suite à ça, on a eu une formation avec le studio des variétés en mars 2014. Il s’agissait d’une formation scénique avec Franco Mannara et une formation musicale sous la direction d’Andy Emler, pianiste qui joue avec Claude Tchamitchian. Cela nous a aussi permis d’avoir de nouvelles directions pour le projet. On a fait deux fois le festival Jazz en Cordée à Luchon, joué à la Pause musicale en janvier 2014, un très bon souvenir, au Sunset à Paris, au Mandala et à Ombres Blanches, à la Galerie Carré d’art de Cahors et à l’Impro à Toulouse.

On a pu aussi enregistrer un teaser avec Damien Beyrouthy. Je recommande d’ailleurs d’aller jeter un œil à ses travaux.

Comment travaillez-vous vos compositions, quelles sont vos inspirations ?

Lorenzo : Je compose en piano solo. J’écris peu, je m’enregistre. Souvent, je ne comprends pas tout ce que j’invente, et l’enregistrement et les discussions avec Benjamin et Adrien m’aident à traduire mes idées, au niveau solfégique. Je passe 10 jours à partir d’une idée à la faire éclore, la polir, la répéter plein de fois.

C’est l’étape piano solo. Une fois que j’ai un objet riche et solide je demande à Benjamin de prêter une oreille à ça. On fait des répétitions tous les deux, piano batterie.

Géographiquement et temporellement, c’est incontestablement compliqué de se réunir à trois. On trouve généralement une bonne progression dynamique en piano et batterie, qui permet à Adrien de trouver rapidement sa place.

Bref, je définis l’esthétique globale de la pièce, et l’arrangement est façonné à trois.

Benjamin : Mes influences? Le jazz des années 50 à aujourd’hui, Miles Davis, Coltrane, Chris Potter, Brian Blade, Tony Williams, Medesky Martin & Wood, James Brown, la musique traditionnelle du monde entier, Daniel Waro, Musique colombienne, Tom Waits, Christian Schott, Gainsbourg, Duquende, etc…

Lorenzo : Erik Satie, Maurice Ravel, Nino Rota, Duke Ellington, Thelonious Monk, Bebo Valdes, Ruben Gonzales, Roberto Fonseca, Enrico Pieranunzi, Bojan Z, Avishai Cohen, E.S.T/, Radiohead, Patrick Watson, la culture traditionnelle du sud de l’Italie que j’ai beaucoup écouté quand j’étais enfant.

Quels sont vos projets musicaux actuels et à venir ?

Le projet du trio est promis à grandir. Les musiciens faisant parti du projet continuent à se consacrer à ça. On nous encourage à continuer ce travail.

On veut donner vie à un premier album qui viendrait concrétiser et achever le travail mené depuis deux ans. Cependant on ne se concentre pas que sur un projet musical, chacun voit se développer d’autres projets.

Benjamin : Ces projets nourrissent aussi le trio. Je ne veux pas me fermer à d’autres possibilités, à développer d’autres univers. J’ai aussi une grande envie de jouer à l’international, allier voyage et musique. C’est bien de rencontrer un autre public, de voir d’autres réactions.

Lorenzo : Le tout premier concert que j’ai donné j’avais 16 ans, dans le village de mon père. C’est un tout petit village. Il y avait un piano à queue, on avait tout installé avec ma famille. C’était très marquant, j’ai du faire un affiche, un programme, me présenter. C’est une étape qui a beaucoup compté dans ma décision de devenir musicien : Vivre et faire en sorte de vivre des moments comme ça.

J’ai bien envie de retourner jouer en Italie. Vu comme le pays évolue, ça devient vital de faire vivre des moments comme ça en Italie.

Comment avez-vous connu les Musicophages ?

Lorenzo : Ma copine, qui travaille au Château d’eau, écrit pour la revue Multiprise. Avec un de ses collègues, ils m’ont parlé des Musico, puis j’ai lu un article dans Flash Hebdo. Je la remercie d’avoir su insister pour que je fasse la rencontre des Musicophages !

Benjamin : C’est Victor de The Roach qui était venu voir les Musico, il me parlait de ce qui se passait pour son groupe et de son adhésion aux Musicophages pour un accompagnement. Finalement c’est par le bouche à oreille.

Comment appréhendez-vous les Musicophages, qu’attendez-vous ?

C’est de personnes enthousiastes, rigoureuses et déterminées à faire leur boulot, investies… et elles nous poussent à avancer avec ce projet. Des gens avec qui on peut dialoguer.

L’objectif idéal serait de décrocher un partenariat avec un label et un producteur, il y aussi la recherche de résidence. Mais l’idée ce serait de faciliter la mise en relation pour atteindre ces professionnels.

Prochaines dates de Lorenzo Naccarato Trio :

13/14 juin resto jazz

10 juillet Festival de St Riquier (Sommes)

25 juillet Château de Monbazillac (Dordogne)

26 juillet au Lembarzic Café (Dordogne)

9 août Cloture du festival les Nuits et les jours de Querbes (Aveyron)

25 octobre Jazz sur son 31 (Auragne)

 

Crédit photo Julie Biesuz